Et maintenant, c’est au tour des enfants ?

D’autres mondes sont possibles pourtant...
Suite à une décision du Ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael, de créer de nouvelles sections pour les familles avec enfants dans les centres fermés, un grand mouvement de solidarité s’est exprimé devant le centre fermé de Vottem ce dimanche 29 janvier 2006.
A l’appel de différentes associations (dont les Étudiants FGTB), près de 3000 personnes (enfants, femmes, hommes) se sont mobilisées contre l’emprisonnement des enfants dans les centres fermés. De façon hautement symbolique, des centaines de peluches avaient été apportées par les manifestants et accrochées à ces grilles et fils barbelés qui veulent enfermer des enfants. Cette manifestation était également l’occasion de remettre en cause l’existence même de ces centres fermés pour étrangers ainsi que l’entièreté de la politique d’asile et d’immigration en Belgique. Les citoyens et associations ont manifesté leur désaccord et réclament une politique d’asile plus juste, plus efficace, et surtout (plus) humaine.

Les Étudiants FGTB ne peuvent tolérer l’existence de tels dénis des droits de l’Homme et des droits de l’Enfant. Nous vivons dans un pays qui se targue d’être démocratique, aussi, il est tout simplement inadmissible de continuer à enfermer des femmes, des hommes et des enfants dans ce genre de « camp de détention ». Par ces actes, la Belgique viole la Convention des Droits de l’Enfant ! En particulier l’article 37 qui stipule que : « Les Etats parties veillent à ca que nul enfant ne soit privé de liberté de façon illégale ou arbitraire. L’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être considérée comme une mesure de dernier ressort, et être de durée aussi brève que possible... » , l’article 28 concernant la scolarisation et l’article 3 qui demande de privilégier avant tout l’intérêt supérieur de l’enfant .
Mais peut-être faudrait-il des papiers spécifiques pour être considéré comme un enfant ?!
Finalement, que sont exactement ces centres fermés ?
Les « centres fermés » ont été créés dans le but d’y enfermer des étrangers non détenteurs d’un permis de séjour avant de les expulser hors de Belgique. Ils n’ont pas toujours existé (actuellement, il en existe six en Belgique, dont celui de Vottem). Ils ont été mis en placeprogressivement et de façon insidieuse [1].
Tous les détenus s’y retrouvent enfermés sans raison (aucun crime ne pouvant leur être reproché, c’est uniquement la question administrative de la non-obtention des « bons papiers » qui justifie un enfermement en centre fermé ), sans jugement (leur enferment est la conséquence d’une décision administrative et non celle d’un jugement rendu par un tribunal), et sans appel (le seul recours existant est devant le Conseil d’État, le pouvoir judiciaire n’a aucun contrôle sur ce type d’enfermement). Les prisonniers qui y « vivent » ne sont pas pas tous des « illégaux » (en situation irrégulière) : certains ont introduit une demande d’asile et attendent une décision. Ils ont donc officiellement le droit de résider sur notre territoire. Les réfugiés sont des êtres humains qui ont demandé asile en Belgique après avoir fui des persécutions dans leur pays. Ils arrivent en Belgique en espérant une vie meilleure. Et ce après avoir été contraints d’abandonner leur patrie, leur famille, leurs amis, leurs racines...
Ces centres sont donc avant tout des lieux de désespoir d’hommes et femmes qui ont cru en un avenir possible, des lieux d’anxiété dans l’attente d’un verdict et d’une expulsion. Ce sont des établissement de type carcéral où règne un régime très strict et un système de sanctions implacable : Les réfugiés ne sont ni délinquants ni criminels, cependant leurs conditions de détention sont similaires à celles d’une prison. Les bâtiments sont hautement sécurisés : barbelés, murs, grilles, dispositif de sécurité très performant, ... Lorsqu’il arrive au centre, le réfugié est soumis à la procédure dite « de l’intake » : douche obligatoire, visite médicale, empreintes digitales, photo,... Les « mesures d’ordre » sont nombreuses et peuvent aller du simple avertissement à l’isolement en « cachot ». Á côté de cela, les droits des détenus sont plus que limités : aucun accès à l’information (journaux écrits, parlés, télévisés,...), sortie deux heures par jour, le droit de visite n’existe pas (c’est un privilège qui s’obtient au cas par cas),... Les conditions de vie elles-mêmes, au sein des centres, sont une atteinte aux droits de l’Homme (au niveau de l’hygiène, des soins de santé, de la nourriture,...). D’une manière générale, si un détenu essaie de résister, en plus de voir sa procédure d’expulsion accélérée, ses maigres droits sont suspendus (droit de correspondre, téléphoner, recevoir des visites, se détendre, avoir des activités culturelles ou sportives, lire,...).
Les conditions de détention sont encore moins acceptables au vu de la présence d’enfants. Et pourtant, c’est dans ce genre d’endroit que Monsieur Dewael veut faire vivre des familles !!!
Malgré toutes les oppositions, le Ministre de l’Intérieur, a choisi de mettre en œuvre la décision de détenir des enfants dans le centre fermé de Vottem. Ainsi, trois familles d’origine africaine - dont quatre jeunes enfants - y sont arrivées le mercredi 22 mars 2006 dans le courant de l’après-midi.
Mais la résistance se poursuit ! Nous continuerons à nous battre pour nos revendications :
stop à l’enfermement d’enfants
suppression des centres fermés
stop aux traitements inhumains
Plutôt que de recourir, quasi automatiquement, à la détention des réfugiés, nous demandons la réalisation d’une étude approfondie sur les alternatives possibles. Car à ce jour, en dehors d’une réponse essentiellement sécuritaire, il n’existe aucune politique globale et durable en matière de migration et d’asile... Il ne s’agit pas de traiter la problématique des réfugiés en tentant d’en faire disparaître les signes (c-à-d le nombre de demandeurs d’asile connus, hors clandestins) mais il importe de sortir de l’approche toujours criminalisante de l’immigration et de tenir compte des situations qui en sont l’origine (insécurité physique, psychique, économique que peuvent connaître les demandeurs d’asile dans leur propre pays).

Nous sommes tous concernés !